vendredi 3 janvier 2025

Soy piedra y estoy encontrando mi centro


Cela faisait plus de 2 mois que je n'avais pas lu de
poésie - sans trop savoir pourquoi. J'ai toutefois ressenti l'envie de retourner aux poèmes de Musset en début d'après-midi et quelle merveilleuse idée ce fut! Je me suis alors rappelée que je ne devais jamais cesser de lire de la poésie puisque cela m'offre tellement d'espace pour respirer! 

Une envie menant à une autre, il m'a fallu me précipiter ensuite vers la mer et le soleil de janvier pour respirer encore plus fort. Je me suis offerte une demi-journée de vacances à Carry-le-Rouet car j'aime profondément les petites stations balnéaires hors saison. Loin de me procurer un cafard plombant, ces lieux en attente de l'été me rassurent. Les plages sont vides, l'air frais fait rougir nos joues, les restaurants sont fermés, les baraques à bouées et autres accessoires de plage sont pliées, mais ce n'est que temporaire, et c'est une certitude! Dans quelques mois, les parasols colorés reprendront leur droit sur le paysage de bord de mer, nos mains seront à nouveau rendues poisseuses par les barquettes de frites et les canettes d'Ice Tea, nos peaux pègueront de sel et de mer et nos tempes battront comme un coeur au soleil. J'adore ça. J'adore la promesse de l'été et la réalisation imparable de cette promesse. 


Sur ces chemins j'ai toujours besoin d'être accompagnée par les mêmes musiques espagnoles un peu désuètes mais qui me parlent et me font me tenir droite. Je ne parle pas très bien espagnol, je le comprends un peu, mais je me sens bien dans cette langue; j'ai l'impression qu'elle me connecte à une partie très forte de moi-même. C'est, à mes yeux, une langue de profondeur mais aussi de recul sur de grands plans de l'existence, tandis que le français m'apparaît comme une langue ciselée et précise certes, mais une langue de crispation, de fragilité et de bégaiement. Dans "La Nuit de Mai", Musset écrit: "Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur. / Mais, pour en être atteint, ne croit pas, ô poète, / Que ta voix ici-bas doive rester muette." L'espagnol est exactement pour moi cette langue qui permet l'expression des grandes douleurs et la dignité dans celles-ci. Ecouter du flamenco par exemple mène à accepter que la vie est belle même quand on doit faire preuve de courage. 

Je terminerai ce billet par cette page du magnifique roman de Manuel Vilas, Ordesa:

 "La caída del sol puede que sea lo único importante. Fue entonces cuando aprendí a amar el mes de junio. Mi madre me enseñó a amar ese mes, que es especial; aquel jardín era una celebración del mes de junio, porsque junio es anunciación del verano, es ya sol, pero no hay corrupción del verano. Cuando el mes de julio llega comienza la hemorragia, aún invisible. Agosto es el mes de la visibilidad de la septicema del verano, de su herida. (...). 
La muerte del verano era horrible. Mi madre veía el final del verano como un hecho trágico, sacrílego. ¿Quién se atrevía a matar el verano? Odiaba la llegada del mal tiempo. Ella creía en el sol. Era herética, vivió bajo los ritos del sol. Tenía una obsesión con la luz y con tomar el sol. El sol y estar viva fueron lo mismo para ella. Adoraba el verano. Adoraba que anocheciera tarde, muy tarde. Solo aceptaba como algo digno de tenerse en cuenta la presencia de sol; ella no era consciente, pero en su amor por el sol y el verano había una herencia milenaria, una herencia de la cultura mediterránea."

Mais cette place est sans issue, je commence à comprendre

Je n'ai jamais assisté à une corrida, ni même à une course camarguaise. J'aime profondément les taureaux et les animaux plus général...