lundi 4 mars 2024

Chien de la casse

 


Cela fait quelques jours que j'ai envie de consacrer un article à Raphaël Quenard. J'ai découvert cet acteur cet été en visionnant le film Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand. Ce n'est pas l'acteur en lui-même qui m'a marquée - si ce n'est le fait qu'il vienne de Grenoble - mais l'ami qu'il incarnait, soit un ami dur, possessif et intransigeant. J'ai aimé aussi cette représentation à l'écran de ce que j'idéalise dans les amitiés masculines, un peu viriles, un peu à l'ancienne: des propos très francs du collier (j'en suis incapable), sans susceptibilité (idem), de la spontanéité, des moments d'ennui ensemble. Il me rappelait justement les groupes de frères que j'admirais à Grenoble.

C'est sur la possessivité amicale que j'aimerais d'abord revenir. Si la jalousie et la possessivité me semblent être une véritable source de souffrances en amour, je les estime dans une amitié, voire j'ai un regard tendre vis-à-vis d'elles, comme si elles étaient la preuve d'une grande loyauté. Cela me rappelle une interview qu'avait donné Ramzy au magazine Society, dans laquelle il faisait cette déclaration sublime à son compère Eric: "Eric, à chaque fois que je le vois faire ses trucs en solo, je suis dégoûté qu'il rigole avec quelqu'un d'autre. Ça me tue."  

Pour revenir ensuite à Raphaël Quenard, j'ai été définitivement sensible au phénomène médiatique après avoir visionné son interview face à Mouloud Achour. Ce qui a confirmé mon estime pour cet acteur, c'est quand il a parlé de certains sons de Jul depuis son coeur et la main sur le coeur, des paroles très précises en tête. C'est un Jul enfin aimé au premier degré qui m'a convaincue que ce bonhomme avait le courage d'exposer ce qui le touche aux yeux de tous - et par voie de conséquence de sortir des goûts et des paroles convenus. J'ai trouvé ça si roboratif et rare à une époque d'ironie et d'émotions cachées. J'ai même eu un mouvement de possessivité en voulant le garder "que pour moi" (ayant peur qu'il se perde dans le succès et qu'il perde son authenticité)(ça en dit beaucoup sur mon égo par ailleurs). Bref, ses propos m'ont d'autant plus touchée que cela concernait Jul, un artiste qui a été complètement récupéré par la mode "c'est Marseille bébé". Ce Jul-là, boboisé, pris au second degré, parce que c'est cool de faire le signe Jul (je regrette même de l'avoir déjà fait), me rend triste. 

Et voilà qu'un vendredi soir, lors de la dernière cérémonie des Césars, ce même Raphaël Quenard dégaine le signe Jul lorsqu'il apprend sa victoire pour son rôle dans Chien de la casse. Et là j'ai craint qu'il se fasse avaler par la marée parisienne culturelle qui s'abat sur tout ce qui n'est pas elle. Et là j'ai vu que c'était déjà fini pour lui. 

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