Dans cet article, j'aimerais partager mon monde idéal représenté en poèmes. Alors, le voici :
"Il faut remonter plus loin
Quand on avait le ciel sous la main
La tête dégagée la parole facile
On vivait chacun dans son île
Jusqu'au matin
Le soleil était un signe de ralliement
J'apportais l'air du temps
D'autres n'apportaient rien
Qu'un coeur d'or
Et c'était bien le meilleur lot."
René-Guy Cadou, Poésie la vie entière
"... Ceux qui sont vieux dans le pays le plus tôt sont levés
à pousser le volet et regarder le ciel, la mer qui change de couleur
et les îles, disant : la journée sera belle si l'on en juge par cette aube.
Aussitôt c'est le jour ! et la tôle des toits s'allume dans la transe, et la rade est livrée au malaise, et le ciel à la verve, et le Conteur s'élance dans la veille !
La mer, entre les îles, est rose de luxure ; son plaisir est matière à débattre, on l'a eu pour un lot de bracelets de cuivre !
Des enfants courent aux rivages ! des chevaux courent aux rivages !... un million d'enfants portant leurs cils comme des ombelles..."
Saint-John Perse, Éloges
"Les viandes grillent en plein vent, les sauces se composent
et la fumée remonte les chemins à vif et rejoint qui marchait.
Alors le Songeur aux joues sales
se tire
d'un vieux songe tout rayé de violences, de ruses et d'éclats,
et orné de sueurs, vers l'odeur de la viande
il descend."
Saint-John Perse, Éloges
"Je ne voudrais plus qu'éloigner
ce qui nous sépare du clair,
laisser seulement la place
à la bonté dédaignée.
J'écoute des hommes vieux
qui se sont accordés aux jours,
j'apprends à leurs pieds la patience :
ils n'ont pas de pire écolier."
Philippe Jaccottet, À la lumière d'hiver
"C'était hier
il y a très longtemps
la colère du père renversait la maison
nous nous cachions derrière les dunes pour émietter ses cris
la Méditerranée tournait autour de nous comme chien autour d'un mendiant
la mère nous appelait jusqu'au couchant
ça devait être beau et ce n'était que triste
les jardins trépassaient plus lentement que les hommes
nous mangions notre chagrin jusqu'à la dernière miette
puis le rotions échardes à la face du soleil."
Venus Khoury-Ghata, Où vont les arbres
"Quelquefois, il m'arrivait cependant de lui lire
l'un ou l'autre de mes poèmes. Pas des poèmes
sur elle, pour ne pas l'effrayer. Des poèmes anodins,
sur la vigne de mes parents, le village.
Je dois mes souvenir, demain, d'aller au jardin d'Hassan
Pour acheter des prunes vertes et des abricots.
Je dois me souvenir de très vite sortir chaque papillon
Qui tombe dans l'eau.
Je dois me souvenir de ne pas faire la moindre chose
Qui puisse blesser la loi de la terre.
Je dois me souvenir que je suis seul."
Antoine Wauters, Mahmoud ou la montée des eaux

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