mardi 5 mars 2024

On est du orange, ça crève les yeux


Dans cet article, j'aimerais partager mon monde idéal représenté en poèmes. Alors, le voici : 


"Il faut remonter plus loin 

Quand on avait le ciel sous la main

La tête dégagée la parole facile

On vivait chacun dans son île 

Jusqu'au matin

Le soleil était un signe de ralliement 

J'apportais l'air du temps

D'autres n'apportaient rien

Qu'un coeur d'or

Et c'était bien le meilleur lot." 

René-Guy Cadou, Poésie la vie entière 




"... Ceux qui sont vieux dans le pays le plus tôt sont levés

à pousser le volet et regarder le ciel, la mer qui change de couleur

et les îles, disant : la journée sera belle si l'on en juge par cette aube.

Aussitôt c'est le jour ! et la tôle des toits s'allume dans la transe, et la rade est livrée au malaise, et le ciel à la verve, et le Conteur s'élance dans la veille ! 

La mer, entre les îles, est rose de luxure ; son plaisir est matière à débattre, on l'a eu pour un lot de bracelets de cuivre ! 

Des enfants courent aux rivages ! des chevaux courent aux rivages !... un million d'enfants portant leurs cils comme des ombelles..."

Saint-John Perse, Éloges




"Les viandes grillent en plein vent, les sauces se composent

et la fumée remonte les chemins à vif et rejoint qui marchait.

Alors le Songeur aux joues sales

se tire

d'un vieux songe tout rayé de violences, de ruses et d'éclats,

et orné de sueurs, vers l'odeur de la viande

il descend." 

Saint-John Perse, Éloges




"Je ne voudrais plus qu'éloigner

ce qui nous sépare du clair,

laisser seulement la place

à la bonté dédaignée.


J'écoute des hommes vieux

qui se sont accordés aux jours,

j'apprends à leurs pieds la patience :


ils n'ont pas de pire écolier." 

Philippe Jaccottet, À la lumière d'hiver 




"C'était hier

il y a très longtemps

la colère du père renversait la maison 

nous nous cachions derrière les dunes pour émietter ses cris

la Méditerranée tournait autour de nous comme chien autour d'un mendiant 

la mère nous appelait jusqu'au couchant 


ça devait être beau et ce n'était que triste

les jardins trépassaient plus lentement que les hommes

nous mangions notre chagrin jusqu'à la dernière miette

puis le rotions échardes à la face du soleil."

Venus Khoury-Ghata, Où vont les arbres




"Quelquefois, il m'arrivait cependant de lui lire 

l'un ou l'autre de mes poèmes. Pas des poèmes

sur elle, pour ne pas l'effrayer. Des poèmes anodins,

sur la vigne de mes parents, le village. 

Je dois mes souvenir, demain, d'aller au jardin d'Hassan

Pour acheter des prunes vertes et des abricots.

Je dois me souvenir de très vite sortir chaque papillon

Qui tombe dans l'eau.

Je dois me souvenir de ne pas faire la moindre chose 

Qui puisse blesser la loi de la terre. 

Je dois me souvenir que je suis seul."

Antoine Wauters, Mahmoud ou la montée des eaux 

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