J'ai beau grandir, je n'ai toujours pas la sagesse des saisons. Il y a trois ans, j'avais écrit un petit texte au coeur de l'hiver pour tenter de décrire mon rapport aux deux saisons antinomiques:
« Je suis dans le climat caniculaire qui convient à mon cœur » : cette phrase d’Henri Calet correspond entièrement à ce que je ressens l’été, quand tout est aride et que la chaleur culmine et attaque toute la ville : alors je ne me plains pas, heureuse que je suis d’être en parfait accord avec le climat. J’aime la chaleur, le soleil violent, les paysages asséchés, car c’est également ce que j’impose à mon corps, que je veux ciselé et sec, sans couches de vêtements, en contact direct avec les choses.
La conséquence de cette préférence est que je ressens tragiquement l’arrivée de l’automne et de l’hiver. Je n’ai pas les armes, pas la sagesse pour accepter les changements de saisons. Les tombées de nuit automnales me sont insupportables et créent en moi une boule de larmes au milieu de la cage thoracique qu’il m’est impossible d’expulser. Aux saisons des fenêtres fermées mon corps devient un bloc de douleurs thoraciques, dorsales, de douleurs angoissées ou réelles.
J'y repense aujourd'hui car je sors d'un rêve incroyable, où j'étais au coeur de l'été à Barcelone: je dormais sur un matelas directement installé sur le balcon, je me promenais dans des ruelles bondées et ombragées où il y avait des vendeurs de chocolat grillé (?), et je courais sur la plage pour imiter un cheval que je voyais au loin!
Je vais essayer de laisser infuser en moi cette sensation de l'été au maximum, en relisant aussi ce poème que je viens de découvrir, signé Arthur H:
Durant les fortes chaleurs
Je suis descendu à la rivière
L'eau est glacée
Car elle sort de la terre
J'ai mis le vêtement
Que j'avais à la naissance
Lorsque je suis sorti de ma mère
Rien que l'air et la peau...
Je me suis glissé lentement dans l'eau glacée
Par mon souffle
J'ai régulé l'affolement de mon coeur
Pendant que la masse humaine
S'avachissait dans le chaud
Je me dissolvais dans le froid
Juste le bruissement délicat
De petites spirales étincelantes
Minuscules maelströms sonores
La cime des grands arbres
Qui fermait l'espace au-dessus de moi
Protégeait la rivière secrète
D'une clarté qui rend aveugle
Une respiration intense et profonde
Annulait l'attaque du froid
Je me détendais dans cette osmose
Avec le courant, l'onde et la transparence
Puis je sortis
Et restai accroupis
Sur le bord boueux
Imbécile satisfait
Aussi silencieux que la forêt
Jamais aussi heureux
Que la tête vide
Et le corps absent
Ma peau insolente refusa l'insulte des habits
Je traversai l'enceinte des saules et des aulnes
Passai la barrière des pins et des fougères
Et j'atterris dans l'immense clairière
Tabassé par la lumière
Le soleil ne pouvait rien
Contre la fraîcheur intérieure
Qui me refroidissait jusqu'aux os
Ainsi sans crainte
J'absorbais le feu solaire
Sa folie, son énergie
Sans qu'il m'assassine

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